Cie Monde Truelle


Les Eaux Taries – Tableaux de pleureuses en période de sécheresse


En résidence du 13 au 17 décembre


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Titre : Les Eaux Taries – Tableaux de pleureuses en période de sécheresse

Comédie.ne.s:
Léa Saunal, Jérôme de la Bernardie Marion Méric, Scarlett Audry

Regard extérieur:
Lola Raigneau


Résumé


Trois tableaux, trois saisons, trois planches à découper, trois couteaux, trois oignons, pour trois pleureuses. Elles viennent faire couler leurs larmes lors d’une cérémonie rituelle de notre temps, d’un autre temps, hors du temps, qui est aussi une course avec et contre le temps : le rituel est chronométré, millimétré. Un étrange compagnon, tantôt manager, tantôt assistant masqué, complice et discret, les aide à la préparation du rituel et à sa conclusion armé de ses instruments scientifiques.
Préparation au rituel, puis installation des pleureuses, découpe minutieuse des oignons, chorégraphie en chœur, transe et catharsis : l’expiation passe par plusieurs étapes codifiées. Le climax se couronne du moment tant attendu : elles hument les oignons fraîchement coupés dont l’odeur emplit la pièce, s’en recouvrent les yeux, et s’abandonnent en livrant les fruits de leur travail. Une chose est certaine, elles réinventent un bien commun trop oublié, celui du langage symbolique des larmes, et ce au prix de leurs yeux couverts d’oignons soigneusement découpés.
Pour qui ? Pour quoi ? Il s’agit peut-être des coulisses d’une industrie intemporelle qui s’attelle à la confection des fluides perdus, ou de la mise en scène d’un lien au sacré consistant à pleurer et se lamenter avec ostentation dans le but d’accompagner une âme ou une époque. Il s’agit également de la concrétisation d’une mission : prendre et laver les peines du monde avec leurs fluides. Une tâche burlesque noire, sublime et ingrate, sobre et digne, qui balaye toutes les étapes d’un rituel piaculaire rondement mené. Psaumes, liturgie, paroles du prédicateur, et le morceau inachevé de Mozart, Lacrimosa, composé pour exhorter à pleurer lors de ses funérailles en fosse commune.


Note d'intention


Ce travail ritualisé d'extraction mécanique de larmes par coupe d'oignons a débuté en 2020 au cours de la formation « Présence(s) d'Acteurs » au théâtre du Hangar à Toulouse. Il a abouti en octobre 2020 à une forme courte de huit minutes. L’envie de chercher et d'expérimenter autour de cette cérémonie a perduré à la sortie de la formation : que se passe-t-il quand la carapace des sentiments se transforme en couverture de survie ?

Nous amuser du sordide de l’incessant débat quotidien
En cette époque marquée par des deuils collectifs (attentats, épidémies,...) et des révoltes réprimées par les larmes (littéralement : à grand renfort de gaz lacrymogène) l’impuissance face au monde sécuritaire, capitaliste et destructeur se fait sentir. A l’heure du dérèglement, climatique, émotionnel, social, et vibratoire, voici une allégorie du désespoir où rire de nos propres larmes devient un exutoire qui purge et déploie.

Les pleureuses, fonctionnaires du futur qui purgent les cœurs asséchés
Après tout, une industrie des affects existe déjà. Les émotions et les marchandises sont coproduites. Nous achetons des livres pour apprendre à aimer, nous utilisons des applications de rencontre qui se nourrissent de l'espoir pour capter le temps de leurs utilisateur.trice.s, nous faisons du teambuilding pour susciter de l'empathie, nous construisons des parcs d’attraction pour provoquer de la joie ! Le travail de nos pleureuses vient ajouter sa contribution à la longue liste des items de cette industrie en s’appuyant sur des images de la mythologie et du sacré !